12 juin 2006
Les journalistes aussi...
Cette
enquête, réalisée par Lionel Okas, est parue en avril 2004 dans le Monde
Diplomatique. Elle met en lumière le décalage du discours tenu par les
médias par rapport à la précarité - un discours dénonciateur -, et la
réalité de la profession, où les jeunes précaires y sont légions et
servent de bouche-trous. A lire absolument.
Souvent très diplômés, des intérimaires de l’information sont réduits au rôle de soutiers du service public, multipliant les contrats temporaires de Brest à Bastia. Au moment où les journaux de France-Inter relataient le mouvement des intermittents du spectacle et évoquaient les abus de ce statut perpétrés par certaines entreprises de l’audiovisuel, on apprit même que les standardistes de France-Inter étaient souvent... des intermittents du spectacle. Le «Silence, on tourne !» prend un autre sens. « Je fais mon petit racolage auprès de chaque chef, explique une journaliste pigiste (1). Il faut appeler ou se montrer tout le temps. La qualité du boulot ne compte que pour 50 % ; le reste, c’est du relationnel. » Depuis qu’elle a fini ses études (Sciences-Po et Centre de formation des journalistes) (2), elle multiplie les contrats à durée déterminée (CDD) dans les stations régionales et nationale de France 3. Ils sont environ mille à « tourner » comme elle sur Antares, le planning de la chaîne, et environ cent cinquante sur celui de Radio France. Souvent prévenus quelques jours, voire quelques heures avant chaque contrat, ces journalistes précaires servent de pompiers volants aux feux brûlants de l’actualité. « Les journalistes titulaires génèrent des besoins de remplacement, estime un cadre de Radio France, où les gestionnaires du système refusent de s’exprimer officiellement. Femmes enceintes, congés, RTT... il faut bien remplir les cases dans les tableaux de service. »
Tanner le cuir...
Ce besoin permanent de bouche-trous s’accompagne d’un discours managérial : c’est «l’école après l’école», « l’antichambre » de l’emploi stable. « Le parcours en CDD est un complément de formation »,
avance Bernard Creutzer, responsable du planning de Radio France entre
1998 et 2002. Un ancien dirigeant de cette maison renchérit : « Il faut tâter du réseau pour faire ses preuves. Ça tanne un peu le cuir. » Et certains précaires, souvent les plus jeunes, adhèrent : « Je vois ça comme un tour de France, avec des étapes, nous raconte l’un d’eux. C’est enrichissant, on continue à apprendre.»
Derrière cette culture d’entreprise résident des contraintes plus terre à terre. France 3 et Radio France sont surveillées par leurs autorités de tutelle : le ministère de l’économie et des finances tient les cordons de la bourse, tandis que celui de la culture rappelle les exigences de contenus. Les dirigeants se réfugient derrière ces « contraintes de gestion » pour justifier du nombre d’emplois temporaires. « Une entreprise a des limites. Elle a un budget. La tutelle surveille le nombre de journalistes comme le lait sur le feu », répète-t-on à Radio France.
Titularisé apres dix ans de precarité
Même
si le précaire présente l’avantage, pour l’entreprise, d’être toujours
payé sur la même base, sans progression de carrière pendant plusieurs
années, l’argent ne serait pas le seul problème. Avec les frais de
mission, le treizième mois, les congés payés, « un CDD qui travaille à l’année coûte autant qu’un jeune CDI »,
estime un membre du SNJ-CGT titularisé après dix ans de précarité.
Alors à quoi servent ces systèmes ? Un habitué d’Antares esquisse une
réponse : « Un précaire pose moins de questions. Il est plus disponible, plus docile. »
Il ne conteste pas les choix éditoriaux. Il passe systématiquement
après les titulaires dans la répartition des sujets à traiter et
ramasse donc les miettes. Il ne rechigne pas à travailler les jours
fériés, à traverser la France en une nuit pour rejoindre une autre
station et l’hôtel Formule 1 attenant.
Mais on ne prend pas n’importe qui : il devient de plus en plus difficile de pénétrer ces viviers sans le diplôme d’une école reconnue (3) qui, le plus souvent, recrute des élèves qui ont déjà des licences ou des diplômes d’un institut d’études politiques (IEP). Cinq années d’études après le bac ne semblent donc pas de trop pour réaliser un « point-route » par quart d’heure sur la toute nouvelle « Cityradio de Paris » lancée par Radio France. Certains se voyaient dénicheurs d’affaires d’Etat ou reporters de guerre ; ils sont plus souvent cantonnés, en début de carrière, au rôle d’OS de l’info de proximité. A ce décalage permanent, qui alimente bien des frustrations, s’ajoute ce qu’Anne et Marine Rambach appellent « le fossé entre la reconnaissance sociale qui les entoure et leur condition réelle (4) » d’existence. Quelle ne serait pas la surprise de ce généreux restaurateur offrant une bouteille de champagne à une présentatrice du « 19-20 » local de France 3 s’il venait à apprendre que sa star enchaîne les contrats à durée déterminée depuis plus de cinq ans !
Huit reportages sur douze par des CDD
Pour
veiller à la bonne conduite de son armée de réserve, Radio France
demande au rédacteur en chef un rapport –« évaluation », dans la
terminologie officielle– à l’issue de chaque contrat dans une station
locale. Le document vise à « déterminer l’évolution du profil professionnel en termes de compétences »,
selon les termes de Bernard Creutzer. Pour les syndicats, ce rapport
incarne l’arbitraire. La moindre remarque négative sur le comportement
peut en effet signifier la mise à l’écart : « Les fainéants, les emmerdeurs, en CDD on peut leur dire : “c’était le dernier” », ne cache pas un ancien rédacteur en chef d’une radio locale.
Selon les syndicats de France 3, en moyenne huit reportages sur les douze du « 19-20 » (5) seraient fabriqués par des CDD ou des jeunes récemment titularisés. Mais qualité rime difficilement avec précarité : « Comment avoir un regard pertinent sur l’actualité alors que tu changes de région comme de chemise ?, interroge un pigiste. Une fois, j’ai même confondu le préfet et le député sur un problème qui agitait pourtant la ville depuis des mois. »
En même temps que les entreprises de service public ont recours à des salariés précarisés, elles remplissent des « placards » au gré des changements de direction. « Dans la culture du service public, on ne met pas les titulaires inutilisés à la porte, résume Me Michel Henry, avocat en droit social. Donc c’est grâce aux précaires que les directions retrouvent des marges de manœuvre. » L’avantage est énorme. Si l’activité baisse ou l’argent manque, l’appel aux occasionnels diminue. Pas de plan social, pas d’indemnités de licenciement, pas de mauvaise publicité pour la maison. La gestion est plus souple.
Le code du travail bafoué
Si beaucoup enchaînent les CDD pendant des mois, voire des années, cela n’a rien à voir avec une prétendue « hausse de l’activité »
: les journaux télévisés ou radio ont lieu quotidiennement ; les
fabriquer requiert un nombre d’équipes stable et prévisible. Ce sont
bien des postes de travail permanents qui se trouvent occupés par une
succession de travailleurs occasionnels. De tels systèmes s’apparentent
à des « agences d’intérim » internes, au point que France 3 a forgé le
terme d’« occasionnels réguliers » pour désigner cette population qui fait « peser un risque juridique ».
L’ingéniosité du dispositif a permis que l’inspection du travail ne le
comprenne pas aussitôt. Les inspecteurs constataient la légalité des
motifs de recours aux CDD (remplacement d’un titulaire absent, renfort
pour surcroît de travail...) et n’y voyaient rien à redire. « Puis, comme le raconte Me Joyce Ktorza, avocate en droit social,
ils ont demandé à voir les tableaux de service sur plusieurs semaines
et se sont rendu compte que des postes de travail permanents étaient
durablement pourvus par des précaires. » Or, en vertu de l’article L.122-1 du code du travail, «
le CDD, quel que soit son motif, ne peut avoir ni pour objet ni pour
effet de pourvoir durablement un emploi lié à l’activité normale et
permanente de l’entreprise ». C’est là que réside l’illégalité,
car, si les CDD n’ont pas pour objet de pourvoir durablement des
emplois permanents, l’effet qui en résulte est bien celui-ci.
« rationaliser la précarité »
Ce
dont le Mouvement des entreprises de France (Medef) rêve, Radio France
et France 3 le font tous les jours. Les systèmes de précarité qu’ils
ont bricolés participent à la remise en cause de la clé de voûte de la
plupart des droits inclus dans le code du travail : le contrat de
travail à durée indéterminée (CDI). L’inventivité de la machine à
non-titulariser n’a pas de limites. « Des trésors d’ingéniosité sont déployés pour rationaliser la précarité », constate le sociologue Alain Accardo (6).
De régime d’exception dans le code du travail, le CDD est devenu un volet majeur de la politique de l’emploi de ces entreprises, le vivier quasi exclusif de recrutement en CDI. En vingt ans, les effectifs de journalistes à France 3 ont presque doublé, à la faveur de titularisations de précaires. A Radio France, à l’occasion du passage aux 35 heures, cinquante-cinq postes ont été créés et pourvus par des journalistes du planning. Mais il n’existe aucune règle claire sur le temps passé à « tourner ». Pour espérer être un jour embauché définitivement dans l’audiovisuel public, le journaliste doit accumuler les CDD... pour une durée indéterminée.
Résultat : la pression monte, et lors de chaque grève la direction négocie des vagues de requalification des CDD en CDI –jusqu’au prochain conflit. « Les syndicats se satisfont d’accords en dessous de la loi », déplore Me Joyce Ktorza. Le SNJ de Radio France a par exemple proposé une « charte des CDD », qu’il qualifie d’« avancée majeure » (7). Elle impliquerait, par exemple, que la direction se prononce rapidement sur l’« intégrabilité » du journaliste précaire (sa probabilité d’intégration en CDI). On se demande pourquoi celle-ci rechigne à accepter une charte de ce genre dès lors que cette déclaration ne l’engagerait à rien (8).
Des prud’hommes rarement saisis
« Le secteur ne s’est jamais plié au droit commun, observe Me Michel Henry. Dans
l’enseignement privé, par exemple, le recours aux CDD était également
une règle dans les années 1980, avant que le système n’explose sous les
coups de boutoir de centaines de jugements aux prud’hommes et de plus de vingt-cinq arrêts de la Cour de cassation. »
Dans l’audiovisuel public, les demandes de requalification devant la
justice tournent à l’avantage du salarié. La chambre sociale de la Cour
de cassation a rendu une trentaine d’arrêts depuis 1991, construisant
une jurisprudence constante et requalifiant systématiquement en CDI les
CDD successifs, quels qu’en soient les motifs. Toutefois, le nombre de
recours aux prud’hommes demeure faible. « La peur de perdre leur travail tenaille les gens dans cette situation », explique Anne Rambach (9). France 3 et Radio France sont les premiers employeurs
de journalistes dans leurs secteurs. Rien n’incite donc les précaires à
saisir la justice : la plupart des procès entraînent très souvent leur
éviction de l’entreprise.
Restent deux solutions. Soit adapter les ambitions aux moyens – le « 19-20 » de 10 minutes. Soit créer un nombre d’emplois stables correspondant aux missions de service public. Autrement dit, se donner les moyens de ses ambitions.
(1) En raison de leur situation professionnelle, l’identité des personnes interrogées n’a pas été indiquée.
(2) L’une des plus réputées des onze écoles de journalisme « reconnues par la profession ». Lire François Ruffin, « Le Centre de formation des journalistes saisi par l’argent-roi », Le Monde diplomatique, février 2003.
(3) A Radio France, les conditions de recrutement des pigistes découlent souvent des « critères Cavada ». Intitulés ainsi en référence à M. Jean-Marie Cavada, PDG de Radio France, ces critères (non officiels) sont : bac + 3 minimum, école de journalisme reconnue par la profession, parler une langue étrangère.
(4) Les Intellos précaires, Paris, Fayard, 2001, p. 19.
(5) Ces chiffres concernent le « 19-20 » précédant septembre 2003 et la nouvelle formule (plus longue) de ce rendez-vous d’information.
(6) Lire Alain Accardo (sous la dir. de), Journalistes précaires, Bordeaux, Le Mascaret, 1998.
(7) Consultable sur le site du SNJ de Radio France
(8) Le 20 janvier dernier, le SNJ de Radio France, de son côté, a bien fait paraître un encart publicitaire dans Libération intitulé « Merci les précaires ! » qui dénonçait le fait que les CDD et pigistes aient été exclus du versement d’une prime de 450 euros. Pourtant, quelques jours plus tard, les syndicats de journalistes déclenchaient une grève au cours de laquelle aucune revendication de l’intersyndicale (SNJ, SNJ-CGT, FO) ne portait sur le système d’organisation de la précarité.
(9) Cf. Anne et Marine Rambach, op. cit.
Accueil
Journalistes sur le fil est un collectif d'étudiants en journalisme
et de pigistes. Il est né lors des grèves contre le CPE. Plusieurs
écoles de journalisme ont entamé une réflexion pour faire connaitre
notre position sur le CPE et la politique de l'emploi plus généralement.
Il a vocation à faire connaitre notre situation et de créer un dialogue
sur les difficultés d'exercer notre futur métier dans des conditions
autres que précaires... Vos témoignages et commentaires sont les
bienvenus.
Profession : stagiaire
L'article suivant, daté de novembre 2005 et écrit par Nicolas Boulet, est extrait du site lemagazine.info.
Et si
l’enseignement supérieur était une usine à produire des stagiaires pour le
compte d’entreprises toujours plus friandes de cette main d’oeuvre quasi
gratuite. Le Magazine.info a mené l’enquête et vous raconte les dessous d’une
vraie économie parallèle.
C’est l’histoire d’une jeune diplômée, Emilie, 24 ans. Quand elle sort
de son école d’ingénieur, bac + 5 en poche, elle jubile et décide tout
naturellement de faire ses premières armes en dénichant un bon stage, qu’elle
finit par trouver : quatre mois, payé trois cents euros mensuels, dans une
entreprise prometteuse. C’est maigre, mais Emilie ne se décourage pas. A
l’issue de ce stage, après avoir satisfait ses employeurs, elle pense
l’embauche possible. Mais on lui propose plutôt de rempiler pour un nouveau
stage de six mois. Au même tarif. Désabusée, Emilie pose à nouveau son
nom en bas d’une convention de stage bidon, moyennant le paiement des frais de
scolarités pour prolonger son inscription à la fac, soit 230 euros. Elle n’a
pas le choix. Il lui faut de l’expérience.
Au bonheur des
employeurs
Une histoire banale, au
final. Ils sont des dizaines de milliers d’étudiants, comme Emilie, à vouloir,
chaque année, décrocher le meilleur stage. Et les entreprises se frottent les
mains. Les stagiaires sont une vraie manne économique mise indirectement sur le
marché du travail par l’enseignement supérieur. Car le stagiaire n’a pas
de véritable statut légal en France. Le code du travail affiche
de véritables failles en la matière. Bien sûr, il y a bien la convention
de stage, mais elle n’est pas obligatoire et n’offre que peu de protections
contre les abus : aucune durée réglementaire du stage n’est fixée, aucune
rémunération n’est imposée et quand elle a lieu, elle est en général plafonnée
à 30% du SMIC. La tentation est donc grande d’utiliser les stagiaires comme des
salariés rétribués au rabais.
Universités et
Grandes Ecoles à la même enseigne
Sophie Binet, 23 ans,
membre de l’UNEF, le principal syndicat étudiant, dresse un triste bilan :
"Les étudiants vivent dans la peur du chômage et espèrent que leur stage
sera un tremplin. Mais moins de 10% des étudiants stagiaires sont finalement
embauchés". Pour elle, le stage se substitue à un véritable emploi...au
seul profit de l’employeur : plutôt que d’embaucher des personnels en CDI,
certaines entreprises préfèrent faire tourner toute l’année des stagiaires sur
un même poste. "Cela fait partie d’une quasi économique parallèle des
entreprises", dénonce un représentant de Force Ouvrière qui
précise : "les abus se font notamment à l’égard des stages
obligatoires, dans les universités et les grandes écoles".
En effet, les élèves des
écoles de commerce, d’ingénieur et des IEP n’échappent pas à la règle. Ils
fournissent même des bataillons importants de stagiaires aux
entreprises grâce au phénomène des années "césures". Il s’agit
pour les étudiants d’effectuer des stages longs et obligatoires, qui peuvent
durer jusqu’à 18 mois, comme à l’Essec. Dans ce cas, pas question de chômer.
Paul, étudiant à HEC, garde un souvenir amer d’un récent passage au sein d’un
grand cabinet d’avocat parisien. La rémunération était certe plus
confortable (1200 euros), mais il lui fallait travailler douze heures
par jour, week-end compris. "Les stagiaires sont refacturés 100 euros de
l’heure aux clients", précise Paul, "et à douze heures par jour, ils
sont amortis, charges comprises, en moins d’une semaine". Rentable, donc.
Privé/public :
même combat
On aurait pu penser que
le plus gros employeur de France, à savoir l’Etat, aurait été moins
avare. Point de tout ça. Exemple au quai d’Orsay qui propose des stages d’une
année en ambassade, à l’étranger. Aucune rémunération, ni mise à
disposition de logement ou participation aux frais de voyage ne
sont prévus pour autant. Résultat, seuls les étudiants issus des familles
les plus aisées ont une chance de s’en sortir. Difficile dans
ces conditions de ne pas parler de sélection par l’argent. Les
stages en missions économiques qui dépendent du ministère de l’Economie et des
Finances constituent bien une exception. Des primes y sont proposées, mais sans
qu’aucune règle claire ne soit édictée pour autant, et nombreux sont ceux
qui rentrent de ces périodes à l’étranger sans que leur expérience ne trouve
grâce auprès des employeurs, à moins de rejoindre une entreprise...dans le
cadre d’un stage.
Une Génération Précaire en mouvement !
Vous les reconnaissez tout de suite à
leurs masques blancs sur le visage, ce sont les militants du collectif
Génération Précaire. Ce mouvement est né d’un appel à la grève spontané
et diffusé sur internet début
septembre 2005, destiné à dénoncer une situation intolérable :
"l’existence d’un véritable sous-salariat toujours disponible, sans
cesse renouvelé et sans aucun droit." Leurs revendications : "que le stagiaire bénéficie d’un
véritable statut intégré dans le droit du travail". Cela signifie une rémunération minimum, progressive et sur laquelle seront
prélevées toutes les cotisations sociales en vigueur. Les conflits du
travail nés dans le cadre d’un stage doivent également relever de la
compétence des Prud’hommes.
Venez signer la pétition lancée sur leur site !
www.generation-precaire.org/Petition-pour-la-reforme-du-statut
Venez témoigner ! www.generation-precaire.org/Appel-a-temoignages,32
11 juin 2006
Message du collectif sur le site de Génération Précaire
Nombre d’étudiants en journalisme tiennent à signaler l’hypocrisie qui
règne au sein de la profession : enclins à décrire les conditions de
précarité dans leurs colonnes ou leurs plateaux télé, nous regrettons
que certains médias contestent la flexibilité à outrance tout en la
tolérant dans leur secteur d’activité. Quelle hypocrisie ! Quel manque
d’autocritique ! Et l’Etat n’est pas disposé à montrer l’exemple, comme
en témoignent les lots de stages non rémunérés au sein du réseau Radio
France.
Dans le métier, les golden parachutes et les ponts d’or existent aussi,
peu de gens le savent. Pendant que les stagiaires triment en bossant
gratos, les barons de l’audimat (Ockrent, Duhammel, BHL, etc.)
s’engraissent sur leur dos et multiplient les interventions alors que
de plus en plus de jeunes journalistes deviennent des travailleurs
pauvres par manque de travail. Et c’est l’information qui en pâtit.
Tentons d’espérer, essayons un peu. Comme le disait Bourdieu : "Il y a
des petits, des jeunes, des subversifs, des casse-pieds qui luttent
désespérément pour introduire de petites différences dans cette énorme
bouillie homogène."
25 avril 2006
Les stagiaires au rayon librairie
Quand les stagiaires prennent la plume pour dénoncer des situations abusives, et encore trop méconnues... A découvrir.
EVIN Guillaume, MAUME Emilie, Profession stagiaire, enquête sur les nouveaux OVNI (Objets Vacants Non Intégrés), Ramsay, à paraitre (mai 2006)
Collectif Génération Précaire, Sois stage et tais toi, La Découverte, 2006
La charte de bonne pratique des stages dévoilée mercredi
Le collectif Génération Précaire dévoilera mercredi sa Charte de bonne pratique des stages.
Le collectif a beaucoup fait parler de lui via un site Internet (www.generation-precaire.org) et un livre publié dernièrement Sois stage et tais toi! Pour en finir avec l’exploitation des
stagiaires (La Découverte). Il s'agit d'un recueil de témoignages.
"Ces témoignages issus de l’appel publié sur le site (4000 réponses !) font voler en éclat le tabou des stages abusifs en proposant de découvrir la condition de tous ceux qui étaient restés jusqu’à ce jour dans un mutisme frappant.
À travers un parcours thématique - de l’offre de stage abusive à l’impasse de l’après-stage -, des analyses et de très nombreux témoignages viennent éclairer cette situation scandaleuse. L’occasion aussi pour nous d’interpeller ici les responsables politiques, syndicaux, universitaires ainsi que les entreprises, en leur soumettant quelques propositions..." (source: generation-precaire.org)
Journalistes sur le fil se reconnait dans le mouvement de Génération Précaire. Toute une partie de ce blog sera prochainement consacrée aux stages et à ses dérives et abus par les employeurs.
La précarité à la une sur France 5
"20 ans: génération chômage ?". France 5 a consacré une
émission de débat sur ce thème. Il s'agit d'Etats Généraux sur France 5
TNT, pésenté par Paul Amar.
Présentation des thèmes exposés dans l'émission:
""Que se
passe-t-il entre la jeunesse et les élites politiques ? Pourquoi les
réformes proposées par les gouvernements successifs - de droite et de
gauche- rencontrent-elles l'hostilité des jeunes ? Est-ce un problème
de méthode ou un divorce profond entre les générations ? Vous serez
surpris par l'humilité et la sincérité des politiques…
En
France, le souhait de voir les jeunes participer à la vie politique et
sociale du pays est plutôt récent. Ainsi, on voit depuis peu la lecture
des journaux entrer dans l'école et on s'inquiète toujours des risques
de politisation des conseils ou manifestations de jeunes. De même, leur
implication dans les projets, même locaux, n'est pas toujours souhaitée
et considérée comme inutile par les élus.
En voulant
responsabiliser les jeunes ne leur a-t-on pas enlever la possibilité de
transgresser, une manière d'être qui, à l'adolescence, leur permet de
se construire en tant que personne et aussi de s'intégrer ? Quelle
place leur accorde-t-on dans la société, si ce n'est celle d'adultes en
devenir ?
Cette nouvelle prise en compte d'une partie de la
population a souvent mis en avant l'aspect "risque" envers la
collectivité qu'elle comportait, mais, selon la Délégation
interministérielle à la ville, en 2005, "n'aborder les jeunes qu'à
travers la prévention, c'est se limiter à leurs difficultés sociales,
constatées ou estimées".
Pourtant, l'allongement de l'accès à
une situation stable (dû à la difficulté à obtenir un emploi en CDI
pour les jeunes) a fait naître un besoin d'une jeunesse socialisée. Les
espoirs qu'apportait, il y a encore quelques années, l'ascension
sociale par la scolarisation ne sont plus au rendez-vous, et avec un
pourcentage de 30 % de personnes qualifiés dans les quartiers dits
"sensibles", l'intégration par l'école et/ou l'emploi se retrouve en
échec face ceux qui n'y croient plus.
Il est évident qu'étant
donné la pluralité de la jeunesse aujourd'hui, il est difficile de
définir une politique cohérente qui s'adresse à elle dans son ensemble.
Malgré cela, tous les partis politiques s'attachent à la conquérir,
conscients de son potentiel à long terme et peut-être étonné de son
volontarisme comparé aux dernières décennies. Mais, ces mouvements ne
peuvent pas non plus cacher leur désarroi face à l'irrationnel qu'ont
parfois les actions et réactions de ces 15-25 ans.
La jeunesse française en quelques chiffres
En
2006, la population française de moins de 18 ans en France est estimée
à 13 567 235 et à 7 833 536 pour la tranche d'âges de 15 à 24 ans, dont
89 % en moyenne vivent chez leurs parents. Le taux de scolarisation de
l'année 2003-2004 décroît régulièrement de 98,6 % à 15 ans à 12 % à 25
ans. A la rentée 2004, 86,7 % des bacheliers généraux et technologiques
étaient inscrits dans une filière d'enseignement supérieur, dont 47 %
en université.
Leur taux d'emploi, en 2004, de 30,4 %, était
inférieur aux 36,7 % équivalents à la moyenne dans l'Union Européenne
(UE). Le taux d'inactivité (ni emploi ni scolarité) est de 7 %, pour
une moyenne de 5,6 % dans l'UE. Le taux de chômage des actifs de 15-29
ans est de 17,3 % en mars 2006, contre 9,8 % pour l'ensemble de la
population active. De plus, il est bien supérieur pour cette tranche
d'âge dans les zones urbaines sensibles. La raison principale de cet
écart est l'inexpérience et fait que les jeunes se retrouvent en stage
ou dans la précarité au niveau de l'emploi (intérim, CDD…).
En
trente ans, les différents gouvernements qui se sont succédés en France
ont présentés trente-cinq mesures dans le secteur de l'emploi, dites en
faveur des jeunes.
En septembre 2005, on comptait plus de 600
000 personnes âgées de 18 à 29 ans concernées par la pauvreté en
France." (source: france5.fr)"
Pour voir cette émission sur Internet, vous pouvez cliquer sur le lien suivant :
http://www.france5.fr/etats-generaux/archives/20356295-fr.php
22 avril 2006
La pratique du journalisme en question
Quelques idées de lectures utiles traitant du journalisme de manière critique:
ACCARDO Alain, Journalistes précaires, Le Mascaret, 2000
ACCARDO Alain, Journalistes au quotidien, Le Mascaret,1995
AUBENAS
Florence, BENASSAYAG Miguel, La Fabrication de l'information: les
journalistes et l'idéologie de la communication, La Découverte, 1999
BOURDIEU Pierre, Sur la télévision, Raisons d'agir, 1996
BRUNE François, Les Médias pensent comme moi! Fragement du discours anonyme, L'Harmattan, 1997
HALIMI Serge, Les nouveaux Chiens de garde, Raisons d'agir, 2005
RAMONET Ignacio, Sur la concentration dans les médias (ouvrage collectif), Liris, 2005
RAMONET Ignacio, La Tyrannie de la communication, Gallimard, 2001
RUFFIN François, Les petits soldats du journalisme, Les Arènes, 2003
10 avril 2006
Lettre complémentaire des étudiants de Tours
Chers confrères,
Suite à la lettre ouverte ( qui sera communiquée à différentes rédactions et responsables politiques) dénonçant les conditions de travail des jeunes journalistes, il nous semble nécessaire d’expliquer notre démarche. Après l’avoir envoyé aux différentes écoles de journalisme, il apparaît que la mention du CPE pose problème. Si certaines écoles souhaitent renforcer la dénonciation du Contrat Première embauche (et ajouter des éléments sur la loi sur l’égalité des chances), d’autres souhaitent ne pas l ‘évoquer du tout. Vous comprendrez qu’étant donné tous ces désaccords la lettre originelle est consensuelle. Nous avions nous mêmes longuement débattu du contenu de la lettre. Il a émergé de ces débats que le véritable enjeu n’est pas tant le CPE que la dégradation progressive des conditions de travail. Cependant il nous a semblé aussi que le CPE ne pouvait pas être absent de ce débat très actuel. On nous a également reproché d’être corporatistes. Or nous ne pouvons dénoncer que ce que l’on connaît et ce qui nous attend. Il est donc logique de dénoncer les conditions de travail du journalisme et non d’autres professions, le tout dans un souci d’exactitude.
Nous vous rappelons que notre but principal est de fédérer le plus possible d’étudiants en journalisme afin que nos revendications aient du poids. La majorité des étudiants en journalisme se reconnaissent dans la dénonciation des conditions de travail. La lettre rédigée par les étudiants en journalisme de Tours n’est donc qu’un point de départ à une action de plus grande envergure (blogs, chaîne de témoignages, revues de presse). Pour bien faire, cette lettre nécessite d’être envoyée le plus vite possible. Merci donc à tous de transmettre cette lettre à tous les étudiants de votre école et de nous communiquer les résultats du vote avant la fin de cette semaine.
Les étudiants de Tours
