Journalistes sur le fil

Journalistes sur le fil est un collectif d'étudiants en journalisme et de pigistes. Il a vocation à faire connaitre notre situation et de créer un dialogue sur les difficultés d'exercer notre futur métier dans des conditions autres que précaires...

12 juin 2006

Profession : stagiaire

stagiaire_le_mag.infoL'article suivant, daté de novembre 2005 et écrit par Nicolas Boulet, est extrait du site lemagazine.info.
Et si l’enseignement supérieur était une usine à produire des stagiaires pour le compte d’entreprises toujours plus friandes de cette main d’oeuvre quasi gratuite. Le Magazine.info a mené l’enquête et vous raconte les dessous d’une vraie économie parallèle.
 

C’est l’histoire d’une jeune diplômée, Emilie, 24 ans. Quand elle sort de son école d’ingénieur, bac + 5 en poche, elle jubile et décide tout naturellement de faire ses premières armes en dénichant un bon stage, qu’elle finit par trouver : quatre mois, payé trois cents euros mensuels, dans une entreprise prometteuse. C’est maigre, mais Emilie ne se décourage pas. A l’issue de ce stage, après avoir satisfait ses employeurs, elle pense l’embauche possible. Mais on lui propose plutôt de rempiler pour un nouveau stage de six mois. Au même tarif. Désabusée, Emilie pose à nouveau son nom en bas d’une convention de stage bidon, moyennant le paiement des frais de scolarités pour prolonger son inscription à la fac, soit 230 euros. Elle n’a pas le choix. Il lui faut de l’expérience.

Au bonheur des employeurs
Une histoire banale, au final. Ils sont des dizaines de milliers d’étudiants, comme Emilie, à vouloir, chaque année, décrocher le meilleur stage. Et les entreprises se frottent les mains. Les stagiaires sont une vraie manne économique mise indirectement sur le marché du travail par l’enseignement supérieur. Car le stagiaire n’a pas de véritable statut légal en France. Le code du travail affiche de véritables failles en la matière. Bien sûr, il y a bien la convention de stage, mais elle n’est pas obligatoire et n’offre que peu de protections contre les abus : aucune durée réglementaire du stage n’est fixée, aucune rémunération n’est imposée et quand elle a lieu, elle est en général plafonnée à 30% du SMIC. La tentation est donc grande d’utiliser les stagiaires comme des salariés rétribués au rabais.

Universités et Grandes Ecoles à la même enseigne
Sophie Binet, 23 ans, membre de l’UNEF, le principal syndicat étudiant, dresse un triste bilan : "Les étudiants vivent dans la peur du chômage et espèrent que leur stage sera un tremplin. Mais moins de 10% des étudiants stagiaires sont finalement embauchés". Pour elle, le stage se substitue à un véritable emploi...au seul profit de l’employeur : plutôt que d’embaucher des personnels en CDI, certaines entreprises préfèrent faire tourner toute l’année des stagiaires sur un même poste. "Cela fait partie d’une quasi économique parallèle des entreprises", dénonce un représentant de Force Ouvrière qui précise : "les abus se font notamment à l’égard des stages obligatoires, dans les universités et les grandes écoles".

En effet, les élèves des écoles de commerce, d’ingénieur et des IEP n’échappent pas à la règle. Ils fournissent même des bataillons importants de stagiaires aux entreprises grâce au phénomène des années "césures". Il s’agit pour les étudiants d’effectuer des stages longs et obligatoires, qui peuvent durer jusqu’à 18 mois, comme à l’Essec. Dans ce cas, pas question de chômer. Paul, étudiant à HEC, garde un souvenir amer d’un récent passage au sein d’un grand cabinet d’avocat parisien. La rémunération était certe plus confortable (1200 euros), mais il lui fallait travailler douze heures par jour, week-end compris. "Les stagiaires sont refacturés 100 euros de l’heure aux clients", précise Paul, "et à douze heures par jour, ils sont amortis, charges comprises, en moins d’une semaine". Rentable, donc.

Privé/public : même combat
On aurait pu penser que le plus gros employeur de France, à savoir l’Etat, aurait été moins avare. Point de tout ça. Exemple au quai d’Orsay qui propose des stages d’une année en ambassade, à l’étranger. Aucune rémunération, ni mise à disposition de logement ou participation aux frais de voyage ne sont prévus pour autant. Résultat, seuls les étudiants issus des familles les plus aisées ont une chance de s’en sortir. Difficile dans ces conditions de ne pas parler de sélection par l’argent. Les stages en missions économiques qui dépendent du ministère de l’Economie et des Finances constituent bien une exception. Des primes y sont proposées, mais sans qu’aucune règle claire ne soit édictée pour autant, et nombreux sont ceux qui rentrent de ces périodes à l’étranger sans que leur expérience ne trouve grâce auprès des employeurs, à moins de rejoindre une entreprise...dans le cadre d’un stage.

Posté par collectifpigiste à 10:24 - Le fil info - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Mieux vaudrait refuser de faire des stages, plutôt que d'espérer des mesurettes (du type rémunération obligatoire à 30% du SMIC). Voire ce post à ce sujet:

http://20six.fr/wrath666/art/1280919/Stages_et_milieu_de_l_edition

Posté par wrath666, 13 juillet 2006 à 12:27

Poster un commentaire







Rétroliens

URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=128554&pid=2071686

Liens vers des weblogs qui référencent ce message :